5/***  posté le lundi 04 mai 2009 16:07

Les présentations faites, Axel et Jean-Phi entament une conversation littéraire. Medhi s’est assis par terre, calé contre un mur. Il est occupé par un jeu sur sa psp. Je suis debout, à côté de lui. Après quelques minutes, je lui balance un léger coup de pied.

« Et ton DM de physiques ? »

Il lève les yeux. Me regarde. Replonge la tête dans son jeu. Découragé, je me laisse glisser le long du mur pour finir assis à côté de lui. Accaparé moi aussi par son personnage qui se bat contre une armée de mutant.

« Med…j’t’ai jamais vu avec une fille… »

« Mmm… »

«… ni avec un mec… »

« Mmm… »

« …t’es toujours qu’avec ton chien… »

Il arrête son jeu et plonge son regard dans le mien.

« À croire que je préfère la compagnie de mon chien… »

« … »

« Bon, ce DM de physiques, tu me l’expliques ? »

Pendant qu’il se larve sur mon pieu, je m’empare de mes affaires. Je lui balance une feuille et un stylo. Puis, je me larve à mon tour.

« Qu’est-ce que t’as pas compris ? »

« J’sais pas comment faire la démo »

Je me lance dans les explications, vite absorbé par ma tâche. Le matelas penche sur la droite. Jean-Phi. Puis, sur la gauche. Axel. Il en manque un. Il vient s’allonger devant nous. Majestueusement. Sensuellement. Jean-Phi le dévore littéralement du regard. Regard que ledit cousin, plonge dans le mien. Une lueur de défi irise ses prunelles.

« J’sais pas vous, mais je suis com-plé-te-ment déconcentré »

Jean-Phi et ses déclarations. Jean-Phi qui se retient de sauter sur Max.

« Et tu proposes quoi ? »

« On pourrait sortir. Rejoindre les autres au Mc Fly. Ça ne vous tente pas ?...après tout, on a 2 semaines pour faire le DM. »

On se regarde tous. Petite moue et hochement de tête. C’est bon, on lève le camp.

« Tu viens avec nous ? »

Je m’adresse à Max.

« Mais bien sûr qu’il vient ! N’est-ce pas que tu viens ? Tu ne vas pas laisser ton cousin tout seul, quand même ?!!!  »

Je me lève sans répondre. Suivi des autres. Je jette un coup d’œil sur mon portable. Mel m’a laissé des messages. Je file dans un coin pour la rappeler et lui dire que dans une trentaine de minutes, on sera là-bas. On s’emmitoufle et on file rejoindre le reste de la bande. Jean-Phi est collé à Max. Axel semble ruminer je ne sais quoi. On ferme la marche avec Medhi. Silencieux. Avant d’entrer dans le pub, il me retient. Je le regarde surpris.

« Il faut que tu parles à Mel, que tu mettes les choses au clair. Et pour toi et pour elle, et pour lui. »

Me montre Axel du menton. Me balance une tape dans le dos et rejoint les autres, comme si de rien n’était.

Je reste un moment immobile. Pensif. J’observe les visages qui dévorent Maximilian des yeux. D’envie. De jalousie. De haine. De désir. Filles. Garçons. Et moi. Qui l’ai eu. Sans envie. Sans désir. Dans la haine. Et ce sentiment qui m’envahit. De joie malsaine à l’idée que cet objet tant convoité est à moi. Pensée interrompue par le sourire de Mel. Je lui fais signe de me rejoindre. Parler, oui. Devant les autres, non.

Je lui prends la main, et l’attire à l’écart. Je ne sais pas comment amener le sujet. Je saisis une mèche de ses cheveux et je me lance.

« Mel…je ne veux pas te blesser, ni te faire souffrir…mais, en ce moment, je suis moins disponible. Rien à voir avec toi. C’est moi. Cette foutue école que je veux intégrer après les examens de fin d’année. Ces recommandations que je dois décrocher. Ça me bouffe. Je te délaisse. Tu ne mérites pas ça…je préfère te rendre ta liberté. C’est mieux. Plus honnête.  »

Elle me sourit. Je suis soulagée qu’elle le prenne bien.

« Ça te dérange si…je me rapproche d’Axel ? »

« Non, c’est un mec bien. Tu as raison »

C’est si facile que je n’en reviens pas. Je m’attendais tout de même à une larme, un cri, un refus. Même pas. Elle est aussi heureuse que moi de mettre fin à notre relation. J’en suis presque blessé dans mon orgueil. Puis, je souris. Mel a rejoint sa place. Axel rapplique. Je me doutais que lui aussi allait me demander ‘ma permission’. Sont bien mes amis quand même. Ils veulent ménager ma susceptibilité. Après un bref et chaleureux échange avec Axel, on rejoint le groupe. Jean-Phi chuchote à l’oreille de Max. Mel a glissé sa main dans celle d’Axel. J’observe la salle à la recherche d’un coup. Un bon coup. Pas trop bavard. Pas trop collant. Un coup qui se laisse faire et parte le lendemain sans rien demander. Et mes yeux croisent les siens. Une invitation muette et dérangeante. Sauvé par Medhi qui me montre son paquet de clopes. Je tapote le mien dans la poche avant de mon jean. C’est le signal. On va dehors s’en griller une.

***

On se colle contre le mur. On se colle l’un contre l’autre. Il caille. Je fume tout en regardant mes pieds.

« Ton cousin…il aime les mecs ? »

« Ouais. C’est vrai qu’ils ne se quittent pas avec Jean-Phi »

« Non, j’disais pas ça pour ça. »

Je braque mon regard sur lui, quelque peu étonné.

« … »

« C’est la façon dont il te mate »

Je pique un fard. J’espère que l’obscurité masquera la rougeur qui m’envahit.

« Rien de bien…familiale. Y’a quelque chose entre vous ? »

Je baisse un peu plus la tête.

Il me balance un coup d’épaule.

« Ahhh, laisse tomber. J’veux pas te gêner »

Il écrase son mégot sur le bitume.

« C’est pas mon cousin et j’ai baisé avec lui »

Il me regarde. Sourit et rentre.

Je reste dehors, gelé et consterné d’avoir avoué un truc pareil.

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Le dernier mot.../4  posté le mercredi 25 mars 2009 17:19

Motivation est mon mot d’ordre. Recommandation de mon prof est mon but. Mon prof…déjà que je bande mou, l’évoquer m’a complètement ramolli.

« J’crois qu’ça va pas l’faire »

Je le repousse gentiment.

« Non, mais c’est vrai quoi. Regarde, je n’arrive même pas à bander »

Son regard est accroché au mien. Aucune expression sur le visage.

« J’ai 200 euros. J’en aurai 50 de plus dans quelques jours. Ils sont à toi. Je préfère te payer pour écrire. Je te l’ai dit, les mecs ce n’est pas mon truc. Désolé »

« Tu t’es foutu de ma gueule alors ? »

Son ton est incroyablement calme. Quasi inexpressif comme son visage.

« Non mais, tu crois qu’on devient gay en claquant des doigts ??!!! Putain Max !!!!!!!!! …. »

« Il n’a jamais été dans tes intentions de coucher avec moi. D’honorer ta parole »

« J’appelle Jean-Phi, il te donnera des adresses qui regorgent de mecs honorables »

« Laisse tomber blondinet. Tu crois vraiment que je t’ai attendu pour baiser ?! Quoi ? Ne me dis pas que tu es vexé ? Déçu ?...et ce n’est pas 250 mais 500 euros pour écrire ton devoir »

« 500 euros ?? Mais j’pour… »

« Tu ne peux pas payer. Tu ne peux pas bander. Tu ne peux pas baiser. Tu ne peux pas faire ton devoir de litté. Y’a-t-il quelque chose que tu puisses ou saches faire ? »

Une telle rage gronde en moi que je suis incapable de répondre. Sans réfléchir, j’écrase ma bouche contre sa bouche. J’enfonce ma langue. Je l’embrasse violemment. Comme un mec peut le faire. Ma main s’est emparée de son sexe. Je serre fort. Trop fort. Il me mord la lèvre. Je croise son regard. Dur. Je sens mon cœur battre contre mes tempes. Pas de plaisir. Pas d’excitation. Simplement de rage. D’impuissance transformée en baise. Je ne me reconnais pas lorsqu’en le regardant je lui enfonce mes doigts dans la bouche. Je ne me reconnais pas lorsque ensuite je les enfonce dans son corps, remuant jusqu’à lui arracher un gémissement. Puis un autre. Et encore un autre. Je ne me reconnais pas lorsque je le pénètre comme une brute. Comme un connard. Quand je me déchaine en lui. Je ne me reconnais pas et je me vomis tout en me libérant en lui. Toujours mon cœur qui bat contre mes tempes. Je me retire.

«Ça te suffit ou t’en veux encore ?  »

Pour toute réponse, sa main qui s’abat sur ma joue. Sa violence qui m’explose à la figure. La douleur qui me coupe le souffle mais qui n’est rien comparée à la sienne. Mon corps incontrôlable, qui se met à trembler. Maximilian, qui se lève, et disparait dans la salle de bain. A son retour, je suis toujours dans la même position. Je le regarde enfiler son pantalon, s’assoir et recommencer à écrire.

 ***

Je me suis endormi. C’est l’inconfort de la position qui me réveille. Je suis  à moitié assis,  à moitié couché. C’est comme si je n’avais pas bougé depuis hier soir. Hier soir et son cortège d’images qui défilent dans ma tête. Maximilian est parti. Des feuilles recouvrent mon bureau. D’autres, en boule, sont tombées à côté de la poubelle. Je m’approche. Sans toucher, j’observe  l’écriture, les ratures et les annotations. Puis, je me baisse et commence à déplier les feuilles froissées qui jonchent le sol. J’attrape des mots, des bouts de phrases, des bouts de vie pour les mettre, finalement, à la poubelle.

Direction la douche puis la cuisine. Des voix. Des rires étouffés. Ma mère et Maximilian. Je ne me sens pas capable de les affronter. Lui, à cause de ce que je lui ai fait. Elle, parce qu’elle me connait par cœur. Retour dans ma chambre. Je récupère mon blouson, mon skate, mon portable et du fric. Sur le trajet du Skate Park, j’appelle Axel. On se donne rendez-vous là-bas. Arrêt obligatoire dans une boulangerie ou j’achète de quoi me nourrir.

Je retrouve ma bande de potes et mes habitudes. Après 3 heures d’éclate non –stop, on est tous claqués, les fesses posées sur nos skate qui nous servent de sièges.

« Hunt’ j’ai besoin d’explications pour le DM de physiques »

« Moi aussi. J’ai commencé mais j’crois que je me plante »

« Ok, les gars. Tous à la baraque pour un cours collectif »

Ce n’est qu’une fois arrivé que l’image de Maximilian revient me hanter. Avec le raffut que font mes potes, pas question de passer inaperçu. Ma mère qui lisait tranquillement sur le canapé, s’est levée pour nous accueillir. Tandis qu’elle les questionne, avec Axel, on fait la razzia sur les sodas et les cookies.

« Bon, ‘man, on va dans ma chambre pour bosser »

Je la vois lever la main comme pour me dire quelque chose lorsque j’entends Jean-Phi revenir au galop :

« Putain ! C’est qui ce canon qui est dans ta chambre ? C’est qui hein ???!!! »

Ma mère baisse le bras en souriant et retourne dans le salon.

J’attrape Jean-phi par le bras :

« Non, mais, tu vas te tenir tranquille. C’est … »

« Le cousin d’Hunter »

Axel a fini ma phrase.

« Ouais, c’est mon cousin »

« Putain, c’est une bombeeeeeeeeee »

« J’croyais que t’avais trouvé un mec ?! »

« Ha, ouais…c’est de l’histoire ancienne »

« Ancienne ? Mais c’était hier ! »

« C’est ce que je dis, de l’histoire ancienne »

« Si tu… »

Je ne peux pas terminer ma phrase, il s’est rué dans ma chambre, suivi des autres qui veulent voir la tronche du cousin.

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Le dernier mot.../3  posté le mardi 24 mars 2009 17:20

C’est impressionnant le nombre de jeunes qui trainent le soir dans cet endroit. J’entends les rires, les chutes, les rires moqueurs. Axel.

« Hunter !! Par ici !...jt’ai laissé des tonnes de messages sur ton portable ! Tu foutais quoi ? »

« Besoin d’oxygène. Le devoir de litté’ me rend dingue. J’angoisse à mort…Mon portable, jl’ai mis en mode silencieux pour la biblio. J’ai oublié de le réactiver. »

« Hé, mec ! Ce n’est qu’un devoir ! Maintenant que tu es là, on va s’éclater !!»

« …Jean-Phi est là ? »

« Nan, il a un nouveau copain. Ils doivent roucouler dans un coin »

« Merde ! »

« ?»

« Je l’aurai bien casé avec…mon cousin. Il est chez moi. Il est homo. Il m’aide en litté. »

« Ha, je vois…il t’aide et tu l’aides … »

« Ouais, c’est à peu près ça »

« C’est beau la famille » et il éclate de rire.

« Allez viens, on va s’envoler ce soir !!! »

S’envoler, si c’était vrai…

***

22h30. Couvre-feu pour la plupart d’entre nous. C’est à reculons que je rentre chez moi. Je le retrouve, assis à mon bureau. Absorbé par l’écriture. Il a ôté sa veste. Ses cheveux noirs tombent dans son dos. Ils contrastent sur la blancheur de sa chemise. Ses longues jambes gainées dans un pantalon noir sont étirées devant lui.

« Aéré ? »

« Oui…je vais prendre une douche… »

Il s’est retourné. Son regard de braise me fixe. Un léger sourire remonte la commissure de ses lèvres. Un prédateur. Quand je pense que ma mère m’a appelé Hunter…quelle ironie…je suis devenu une proie. Avant qu’il ne se lève ou ne parle, je file à la salle de bain. Je m’enferme. Je resterai bien enfermé ici toute la nuit, mais je ne pense pas qu’il resterait de l’autre côté sans réagir. Je regagne ma chambre. Il écrit toujours. Je m’avance vers lui. Simplement vêtu d’un boxer. Alors que je m’apprête à lire, il replie toutes les feuilles et avant que je réagisse, il est debout, face à moi.

« Je voudrais lire » 

« Quand ça sera fini »

« Trop facile…en imaginant que tu me racontes ton week-end à Disneyland, j’fais quoi moi, après ?! Je veux lire et maintenant ! »

Il me donne une feuille.

« Putain, c’est quoi ça ? »

« La suite »

« Non, cette écriture de merde ?!! Je n’arrive même pas à lire !!! Tu l’as fait exprès ?! »

Toujours ce sourire.

« Primo, j’écris. Deuxio, je te le dicterai. Ça te va ? »

« Lis ce que tu as écrit…comme preuve de ta bonne foi et que je puisse me rendre compte de ton travail »

« Et toi, quelle preuve de bonne foi me donnes-tu ? »

« Ben, j’suis là »

« Moi aussi »

Je sais très bien ce qu’il veut. Autant en finir tout de suite. Je m’approche de lui et je pose mes lèvres sur ses lèvres tout en me motivant mentalement « ce n’est pas un mec »… ma langue glisse dans sa bouche… « Ce n’est pas un mec »…il bande déjà ?!!... « Ce n’est pas un mec »…putain, elles foutent quoi ses mains sur mon cul ?... « Ce n’est pas un mec »…mais il me tripote…

« Je suis un mec »

Il me regarde amusé. Je sens mon visage virer au rouge.

« J’ai parlé ?... »

« Tu penses trop fort. Tes pensées me parasitent. »

« … »

« Je voudrais prendre une douche »

« Par ici.»

Je l’accompagne à la salle de bain. Lui donne gant et serviette. File à toute allure dans ma chambre. Les feuilles sur mon bureau. La suite de ce foutu roman. Putain de deal de merde !! Pendant qu’il est dans la salle de bain, direction le salon.  Je me jette sur le meuble contenant les bouteilles d’alcool. Vodka. Je débouche et j’avale. Sans respirer. Jusqu’à m’étouffer. Jusqu’à tousser. Jusqu’à recracher le liquide qui me bouffe l’intérieur. Je reprends ma respiration. Je pose la bouteille. M’essuie la bouche. Me relève et regagne ma chambre.

 

C’est nu que je le vois réapparaitre. Je tourne au rouge écarlate. Je ne suis pas prude, mais il y a des limites.

« Je vais te filer un boxer »

Il s’approche.

« Je ne vais pas en avoir besoin tout de suite… »

Sa main a emprisonné la mienne et il m’entraine avec lui sur le lit.

« Dois-je me munir de ma cravate ? »

En d’autres circonstances, j’aurai ri, mais là, je n’ai plus d’humour. Plus du tout d’autant que ses mains sont parties explorer mon corps, mes fesses en particulier. Je n’ai pas le droit de le repousser. Il a commencé à remplir sa part du marché. Il a écrit. A mon tour.

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Le dernier mot.../2  posté le dimanche 22 mars 2009 21:06

Dans ma boite mail, les pages du roman. Je les imprime  puis, je commence la lecture. Incompréhensible. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit. Exténué, fatigué et découragé, je m’endors.

***

La semaine passe trop vite et mon boulot n’avance pas vite, lui. Je sèche lamentablement sur mon devoir de littérature. Tous les soirs je me rends à la bibliothèque. Je tente de déchiffrer les annotations gribouillées sur le manuscrit sous l’œil moqueur de …

« Au fait, tu t’appelles comment ? »

« Maximilian »

« Ton nom va bien avec ton look »

Il sourit. Il a un look de dandy chic.

« La semaine touche à sa fin…ton devoir aussi ?... »

Son ton sarcastique. Je lui enverrai bien mon poing dans la gueule.

« T’occupes pas de ça…j’vais me débrouiller sans ton aide, puis, il me reste deux semaines de vacances … »

Je replonge dans mon déchiffrage tout en marmonnant…

« Fais chier bordel…connard d’auteur, pas foutu d’écrire deux mots sans ratures…et c’est quoi cette écriture de merdeeeeeeeeeee…me casse les couilleeeeeees… »

« Tu es sûr de ne pas vouloir mon aide… »

Je relève la tête et plante mon regard dans le sien.

« Ton aide oui. Le prix à payer, non »

Il hausse les épaules en signe d’indifférence. Se lève et part.

***

Faut que je me défoule. Que je me dépense. Que je m’aère la tête. Que j’hurle !! Après avoir laissé mes affaires chez moi, direction le Skate Park. La nuit est tombée. L’endroit est simplement éclairé par des lampadaires. Je ne suis pas le seul à venir ici. Je retrouve des potes. Après une heure d’éclate et de chutes, je rentre. Epuisé. Demain vendredi. Demain les vacances. Plus que deux semaines. C’est la première fois de ma vie que je stresse pour un devoir de littérature.

***

Dernier jour. Je tente bien de trouver quelqu’un qui a des idées mais, le devoir n’inspire personne. Fallait s’en douter dans une section scientifique…C’est avec une certaine angoisse que je me rends à la bibliothèque. Maximilian m’attend. Un sourire vainqueur aux lèvres. Je m’installe toujours à la même table. La pochette contenant le manuscrit devant moi.

« Vaincu ? »

« Ta gueule ! »

J’ouvre la pochette, en sors les feuilles jaunies et me surprends à prier pour enfin comprendre et trouver une idée. Mais rien…rien que le souffle de Maximilian sur ma nuque. Il est derrière moi. Immobile et silencieux. Je n’ose pas bouger. Puis, sa voix s’élève, comme un murmure. Il commence à lire, puis s’arrête.

« Tu sais ce que tu dois faire pour obtenir la suite… »

« Tu ne fais jamais rien pour rien ? »

« Avant, je t’aurai dit ‘oui’ sans hésiter mais là, j’ai besoin de me sentir vivant, encore une fois et certainement, pour la dernière fois. Alors… »

« Tu crois m’impressionner mais tu ne fait que lire le texte. Je veux les annotations »

« Fallait demander…là par exemple, il écrit… ‘Penser à rappeler les liens entre… et là… ‘Je vais…’… convaincu ?»

« En un mot ou deux ? »

« À toi de choisir… »

Un semblant de rire s’échappe de mes lèvres. Je suis vraiment un con vaincu convaincu…

« Trois mots »

Il éclate de rire.

« Parfait. Il est temps de se mettre au travail alors »

***

« Maman !! J’suis là ! J’suis avec un pote. On va bosser sur un truc de littérature »

Ma mère s’active dans la cuisine avant de partir. Infirmière de nuit. Au mot ‘littérature’, elle est sortie de la cuisine. Une expression de surprise sur le visage.

« Tu as dit ‘littérature’ ? Je ne rêve pas ? Mon fils va bosser cette matière ?»

« Mamannnnn…n’en rajoutes pas…Maximilian va m’aider. »

« Bonne chance ! Hunter est réfractaire à cette matière ! »

« C’est bon, il a compris…on peut aller bosser ? »

« Oui. Le repas est prêt. Il y en a assez pour deux. Houlà !!! Je parle, je parle et l’heure tourne. Bisous mon chéri.  Maximilian. »

Pas le temps de répondre, elle a disparut.

« Tu comptes camper là ? »

Je lui lance un regard noir. Il va s’en dire qu’il est beaucoup plus impatient que moi. Je traine les pieds jusqu’à ma chambre. Lorsqu’il referme la porte, je sens mon cœur s’arrêter de battre et une boule venir se loger dans ma gorge.

« Je ne vais pas te violer. Je comptes sur ta coopération »

Son sourire narquois. Toujours. Encore. Encore plus énervant en cette circonstance.

Je réfléchis pour trouver une parade. Repousser l’échéance.

« Et si tu me montrais ce que tu sais faire avant ? »

De narquois son sourire est devenu moqueur.

« Tu en es sûr ? »

Je pique un fard.

« J’parlais pas de ça ! Écrire ! Écris un truc »

Je le vois saisir une feuille de mon imprimante, un stylo qui traine et écrire.

« Voilà »

Il me tend la feuille.

« Tu te fous de moi ???!!! Ça veut dire quoi ‘j’ai envie de baiser, je perds patience’ »

« Disons que c’est mon inspiration du moment »

« J’peux pas. Pas comme ça. Pas avec un mec ! »

Il tend le bras. Eteins la lumière. Une semi obscurité envahie la chambre. Puis, s’approche de moi. Lentement. Dangereusement. Dénoue sa cravate sans me quitter des yeux.

« Tu préfères ? »

« … »

« Ton silence vaut pour consentement »

 Il est tellement près que je sens son souffle sur ma bouche. Ses lèvres sur mes lèvres. Sa langue chaude et humide qui s’insinue dans ma bouche. Je tente désespérément de me motiver. De penser à mon devoir, à la note qui devrait me permettre d’avoir la recommandation de mon prof de littérature. Mais la seule pensée qui traverse mon esprit est-pourquoi je laisse un mec m’explorer les amygdales ?!!!- je ne dois pas vraiment mettre du cœur à l’ouvrage car il arrête de m’embrasser.

« Il va falloir te motiver blondinet »

Je manque de m’étouffer en entendant-blondinet-

« Tu crois que c’est avec ce genre de sobriquet que je vais me motiver ?! D’façon, je n’y arrive pas. Je t’ai prévenu, les mecs, ce n’est pas mon truc. Et si je te trouvais un mec qui aime ça, les mecs ? Qu’est-ce que t’en dis ? J’ai un pote, j’suis sûr que t’es son genre. Il fantasme sur les bruns, ton genre quoi. Pour me remercier, tu finis ce foutu roman. Génial, non ? »

« Non »

« Non ?...pourquoi non ? »

« J’écris pour toi donc, c’est à toi de me donner ce que je veux en échange. »

« Tu ne comprends pas !! Il en va de ma vie !! »

« Et moi, de ma mort »

« T’es un marrant toi !...j’te jure, je me motive…en plus, ça fait un mois que je n’ai pas baisé, alors crois-moi, j’en ai envie mais…j’y arrive pas. Et quand je te vois, c’est pire…non !!Non !! T’es loin d’être moche ! T’es canon ! Non ! Mais ne vas pas te faire des idées !! J’t’assure, les mecs…ce n’est pas pour moi. Désolé »

« Si me voir est le seul problème, je vais y remédier »

Je le regarde surpris tandis qu’il brandit sa cravate.

« Fermes les yeux »

« … »

« Fais-moi confiance. Fermes les yeux »

J’obéis tout en lançant une dernière offensive :

« Mon pote, c’est un super coup au pieu tu dev… »

Sa bouche est venue clore mes lèvres puis avec sa cravate il me bande les yeux.

« Voilà. »

 Je me sens tellement mal que j’ai l’impression que mon cœur bat dans ma gorge. Je déteste cette sensation de peur panique qui m’étreint.

Il revient près de moi. Je ne le vois plus mais, je sens son sexe contre moi. C’est dérangeant. Je me concentre sur Mel, mais ce sexe me ramène sans cesse à la réalité.

« Ton sexe… »

« Je bande oui »

« J’y arrive pas… »

« Comme tu le dis si bien… Tu me casses les couilles !! »

Je me sens projetais violemment, manquant de m’étaler. Furieux, j’arrache mon bandeau.

« T’as faillit me tuer, connard !! »

« Et toi, tu m’exaspères !!! Dégage ! Sors d’ici. Va t’aérer. Je vais écrire. Quand tu reviens, tu la fermes, surtout tu la fermes et je te baiserai. Compris ? »

« … »

« COMPRIS ??!! »

« Compris. J’suis pas sourd. Pas besoin de gueuler. Tu me fous dehors, mais…j’suis chez moi ! »

Il me lance un regard meurtrier. J’attrape mon skate, mon blouson et je me casse. Je me casse de chez moi. Si un jour on m’avait dit ça…que je me ferai virer par un inconnu, je ne l’aurai pas cru…

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Le dernier mot/ fiction yaoï  posté le samedi 21 mars 2009 17:33

« Et terminons en beauté avec l’excellent devoir de monsieur Dennehye, qui ne voulant pas déroger à sa réputation a encore eus une excellente note…DEUX !!! …un point pour le papier et un point pour l’encre. Comment autant de nullité peut-elle se concentrer en un seul être ?!! Vous viendrez me voir après le cours »

Mon devoir atterrit sur la table. Un 2 entouré d’une grosse bulle rouge soulignée plusieurs fois orne la première page.

D’un mouvement, je le fais glisser sous mon classeur. Le cours se déroule comme d’habitude, sans moi.

« …Pour la rentrée, vous finirez l’œuvre de M.L. 10 pages minimum… »

La sonnerie salvatrice. Je jette mes affaires dans mon sac lorsque la voix du prof m’interpelle :

« Monsieur Dennehye ! »

Je m’arrête dans ma progression et me retourne :

« Oui… »

« Vous êtes un élément doué sauf en littérature. Vous le faites exprès ? Pour …m’emmerder ? »

Je lui souris sans répondre.

« Vous voulez intégrer une école prestigieuse après votre examen de dernière année…savez-vous qu’il vous faut les recommandations de tous vos professeurs ? Tous sans exception… »

Mon sourire se fige.

« Alors, un bon conseil. Tu vas me rendre un devoir digne de toi. Tu trouveras le manuscrit à la bibliothèque nationale. Et ne me déçois pas. »

Je le regarde, bouche bée.

« T’es encore là ? Tu n’as pas cours ? »

Je quitte la salle sous le choc.

***

« Hunter bordel !! Tu foutais quoi ? Magne !! »

Axel me tire par le bras.

« Il te voulait quoi l’autre ? »

« Si je lui rends une merde de devoir comme d’hab.’, il ne me filera pas sa recommandation »

« Tu t’en tapes de sa recommandation ! »

« Moi oui, mais pas l’école que je veux intégrer…putain, je hais la littérature ! »

« On a trois semaines pour lui pondre son devoir…ça laisse de la marge. »

« Mouais…putain de merde !! Ça me casse les couilles… »

Je me vautre sur mon bureau. Axel  à mes côtés. Mathématiques. J’aime. C’est une science claire, nette et précise. Pas de place à l’improvisation, aux sentiments. Des chiffres. Des résultats. C’est mon élément. Et là,  je suis le meilleur.

***

« Tu viens ? On va boire un coup au Capucin. »

« Non, j’dois trouver le roman, le lire et écrire une fin…plus vite je le fais, plus vite je serai débarrassé. »

« Le prof nous a donné les photocops la semaine dernière. T’en as fait quoi ?... Mel sera là aussi »

Je lui souris.

« Et ? »

« Ben, c’est bien toi qui sors avec elle, non ? »

« Sortir est un bien grand mot…disons qu’il nous arrive de nous tenir compagnie »

« Et elle pense la même chose que toi ? »

Haussement d’épaules.

« Je m’en fous de ce qu’elle pense. Faut que je te laisse. J’ai balancé les photocop’. J’pensais pas en avoir besoin…fait chier bordel de merde… »

« T’inquiètes pas pour ça. Je te les scanne et tu les a dans ta boite mails ce soir »

 « … »

Direction la bibliothèque nationale.

***

C’est un grand bâtiment, moche et gris dans lequel je n’ai jamais mis les pieds. Le bouquin que je cherche est ici, quelque part dans les archives poussiéreuses. Je demande de l’aide. Une dame me dévisage d’un air soupçonneux.

« C’est pour un devoir. Je dois lire ce manuscrit et trouver une fin »

Elle semble hésiter puis me fait signe de la suivre. On déambule dans des rayonnages. Elle inspecte les étagères puis s’arrête subitement, tend le bras et extrait une pochette cartonnée.

« Voilà. Vous pouvez le consulter sur place. Si vous désirez une copie, cela vous coutera 5 euros »

Elle me laisse seul, la pochette sur les bras. Je m’installe sur une table et commence à déballer mon paquet.

Le manuscrit. Je me rends compte aujourd’hui de la vraie signification de ce mot. Je regarde la première page, hypnotisé par l’écriture, les tâches d’encre, les ratures, les annotations. J’espère trouver dans tout ce gribouillage l’inspiration, l’idée que l’auteur aura laissé trainer. Je tente de déchiffrer ce charabia.

« Aïe !.. »

Mais ce n’est pas possible…

« Quel est le con qui ne sait pas agrafer des documents ?!! »

Je saigne et…

« Oh, non !! »

Je viens de tâcher une page du manuscrit. D’un revers de la main, j’essuie immédiatement ce qui a pour effet d’étaler la tâche.

« Merde ! Merde ! Merdeee !! »

En tentant de trouver quelque chose pour m’essuyer dans mon sac, je fais tomber la pochette et son contenu. Les feuilles jaunies s’éparpillent sur le sol. Je me baisse rapidement pour les ramasser. Une fois, le paquet rassemblé, je me redresse en râlant.

« Ça commence bien…putain de bordel de merde…sont même pas numérotées…comment je vais faire pour remettre tout ce bordel en ordre… »

« Donne »

Je sursaute.

« Putain, mais t’es qui toi ?...tu m’as fait une de ces peur !! J’croyais que j’étais seul à consulter ces vieux papiers »

Tout en me fixant, un sourire narquois aux lèvres, il me tend la main dans laquelle je m’empresse de mettre ce cadeau empoisonné.

« Me dis pas que t’es là pour cet ouvrage ?! »

« En quelque sorte »

« Tu dois trouver et écrire une fin toi aussi ? »

« En quelque sorte »

« Et à part ‘en quelque sorte’, connais-tu d’autres mots de vocabulaire ? »

Il me sourit. Enigmatique. Il a fini de trier les feuilles.

« Wow ! Tu m’épates, mec ! Ce truc me rend malade…Je n’arrive pas à déchiffrer les annotations de l’auteur…Tu arrives à lire ? »

« Oui, j’ai travaillé dessus »

« Ha…j’ai un devoir à rendre mais je ne suis pas inspiré. Tu ne voudrais pas m’aider ? »

« Si je t’écris la fin, que me donnes-tu en échange ? »

« Des cours de maths ?... »

« Rien à foutre. Mieux que ça… »

« J’sais pas. Annonce la couleur, j’verrai si je peux t’aider ou pas »

« Besoin de chaleur humaine »

« Chaleur humaine ?...t’es tout de même pas en train de me proposer un plan cul... »

« Je vois que tu m’as compris. »

« Écoutes, je n’ai rien contre les relations entre mecs, mais c’est vraiment pas mon truc »

« Si tu changes d’avis, tu me trouveras ici »

« Oui, mais non. Je pense que je vais me débrouiller tout seul »

Je remballe mon matos et rentre chez moi en pensant à ce gars.

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